Le thé, Voyages

L’empereur et les samouraïs

Au centre de l’île de Honshu, à une heure et demie de Tokyo, poussent les théiers qui produisent le précieux matcha, cette poudre de thé vert aux innombrables vertus.

C’est un pays de rivières et de terres fertiles, univers préservé où poussent plantes médicinales et théiers aux fleurs blanches et jaunes, des arbres parfois centenaires dont les feuilles persistantes produisent le nec plus ultra du thé vert. Depuis l’an 1200, c’est en effet là, à Nishio dans la province d’Aichi, qu’est cultivé le tencha à partir duquel est produit le précieux matcha, noble breuvage s’il en est, longtemps apanage de l’empereur, des samouraïs et de l’élite de la société japonaise. Introduit sur l’archipel par les moines bouddhistes qui le buvaient pour rester éveillés et concentrés pendant leurs longues méditations, ce thé vert fait partie intégrante de la culture japonaise. Prisé au Japon pour ses vertus médicinales avant de devenir un plaisir gourmand, le matcha, cultivé à l’ombre, ce qui augmente sa teneur en chlorophylle et lui donne sa belle couleur émeraude, constitue un des incontournables ingrédients de la cérémonie du thé, expression immémoriale de la dimension spirituelle du pays du Soleil-Levant.

Disposé dans une petite boîte spéciale, le matcha se déguste aujourd’hui comme hier dans un bol, plus ou moins profond selon la saison, en deux ou trois fois et accompagné d’une petite sucrerie qu’on laisse fondre sur la langue.

Extrêmement codifiée, la cérémonie du thé menée dans les vapeurs d’encens par un maître de thé expert dans l’art de la calligraphie, du kimono, du bouquet et qui dure en moyenne quatre heures exprime ce raffinement – recherche de beauté, d’harmonie, de simplicité, de paix – cultivé comme un art de vivre. Raffinement et convivialité : un art de vivre qui trouve un écho de plus en plus fort chez l’urbain stressé occidental !