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L’eau miroir de notre avenir

Une indéfectible compagne de notre histoire

Omniprésente, mais parfois difficile à apprivoiser, indispensable à notre survie et pourtant salie et gaspillée, traquée ou vénérée, l’eau, véritable « or bleu » de notre planète, est depuis la nuit des temps indissociablement liée à l’histoire de l’homme.  

C’est la pluie qui tintinnabule contre la vitre, la magie de la première neige, le tumulte du torrent de montagne, la pureté emprisonnée sous la glace. C’est l’eau vive de la rivière qui, avant de se perdre dans le fleuve qui va se jeter dans la mer, pénètre la terre assoiffée, rend la plante vivace avant d’être rejetée sous forme de vapeur pour donner naissance aux « merveilleux nuages » : un même cycle, celui de la vie, perpétué depuis l’origine première de l’existence humaine.

Une «goutte d’eau suffit à créer un monde», dit le scientifique et philosophe Gaston Bachelard. Et il est vrai que l’eau est le symbole même de la vie.

Élément majeur de notre écosystème, ce bien commun, qui recouvre les trois quarts de la surface de la Terre, est le constituant principal de tout être vivant. Garante de la vie sur Terre, l’eau fait l’homme : plus de 99 % des molécules de ses cellules sont des molécules d’eau !

Dormante ou rugissante, insaisissable ou domptée, l’eau, capable de percer la roche, «de contourner tous les obstacles pour aller là où elle doit aller», comme dit un proverbe chinois, nous raconte l’histoire de l’homme, l’itinéraire suivi par l’eau ayant constitué la première feuille de route de l’Homo erectus.

Vitale pour sa survie, lien entre le ciel et la Terre, entre le ciel et l’homme : depuis la nuit des temps, ce dernier sanctifia l’eau, vouant un culte aux maints pouvoirs qu’il lui attribuait, dont celui de guérir le corps et l’âme. «L’eau qui lave les péchés du monde»… Toutes les religions qui firent des grands fleuves, le Nil, le Gange, l’Indus, le Jourdain ou le Mékong, des lieux sacrés entre tous, prêtèrent à l’eau la faculté de purifier et d’élever l’âme.

«L’homme ressemble à l’eau, venant du ciel, montant au ciel, redescendant sur Terre encore et encore en un éternel échange», écrit Goethe.

Source d’inspiration pour les poètes, les écrivains, les peintres ou les musiciens, l’eau continue d’être un sujet de réflexion pour les scientifiques, la formule H2O étant loin d’avoir délivré tous ses secrets : «Cette chose qui recouvre deux tiers de notre planète est toujours un mystère», s’étonne Philip Ball, ex-rédacteur en chef de la prestigieuse revue scientifique Nature.

L’eau qui baigne, tempère, féconde, dissout, renouvelle est un miracle de la nature que nous ne traitons pas toujours au mieux, à l’image de ces rivières et de ces fleuves pollués, charriant les miasmes d’une société consommant parfois trop et souvent mal. Il y a peu, on a même retrouvé des particules de matières plastiques à onze kilomètres sous la mer, dans les abysses de la fosse marine la plus profonde du monde.

Et pourtant ce miracle de la nature qu’est l’eau peut un jour manquer : 40 % de la population mondiale éprouve aujourd’hui des difficultés pour l’obtenir, la pénurie et l’inégalité du partage de l’eau représentant un des enjeux géopolitiques du xxIe siècle.

«A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or», dit Hubert Reeves.