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La Mongolie, le pays qui abolit l’espace-temps

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Insérée entre Chine et Russie, ouverte au tourisme depuis seulement les années 1990, la Mongolie, qui garde en mémoire le souvenir des caravanes de la Grande Route du thé, fait partie de ces rares territoires que l’homme n’a pas soumis.

Empire de steppes et de forêts, de lacs d’altitude, de volcans et de sources d’eau chaude où des chevaux en liberté vivent entre les loups, les yacks, les antilopes et les gypaètes barbus, le pays du ciel bleu et des lacs blancs fut aussi une des étapes clés de la Grande Route du thé. C’est en effet à travers la Mongolie que le thé noir de Chine était acheminé en Russie par des caravanes de chevaux et de chameaux. En 1860, six mille tonnes des précieuses feuilles transitaient ainsi par cette route de 7 000 kilomètres lors de périples qui duraient plus d’un an. Un thé de bien meilleure qualité que celui qui transitait par la mer. Aujourd’hui, le Suutei tsai, ou thé au lait, demeure la boisson nationale du peuple mongol. Un thé qui peut aussi parfois servir de soupe comme le Banshtai, thé aux raviolis.

Parcourir « cet océan de vide » (le pays qui fait trois fois la superficie de la France compte à peine trois millions d’habitants) que les Mongols nomment « Tengri », comme le raconte l’écrivain aventurier Sylvain Tesson dans son carnet de voyage L’Axe du loup, c’est s’affranchir de l’espace et du temps. En se libérant de ce dernier.

Pratiquant un mode et un art de vivre essentiellement nomades, le peuple mongol ignore en effet les aléas du temps qui passe. Homme pressé s’abstenir : sur ces terres rudes, hommes et bêtes vivent au rythme de la nature. En privilégiant l’essentiel sur l’accessoire et en pratiquant une sorte de « sobriété heureuse ».

Sur ces terres où le cheval est roi, « un homme sans cheval est un oiseau sans ailes », dit un proverbe mongol, les strates du temps sont perceptibles : celles de la Route du thé tout comme les vestiges des anciens comptoirs de la Route de la soie, ou encore le souvenir, très présent, de l’épopée conquérante de Gengis Khan, fondateur de l’empire mongol. Désert de Gobi, immensité aride qui protège œufs et os fossilisés de dinosaures, Oulan-Bator, capitale du bout du monde avec son quartier de yourtes multicolores, taïgas entourant le lac abyssal Khövsgöl, qui recueille 2 % des réserves d’eau douce de la planète et où vivent les Tsaatans, éleveurs de rennes… évoquer la Mongolie suffit à faire (re)naître l’esprit d’aventure et à rêver de mettre le temps, un temps, entre parenthèses.

© 500px/Anuparb Papapan