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Journée de l’eau : 4 questions au directeur général du WWF France

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4 questions à Pascal Canfin, directeur général du WWF* France, Le fonds mondial pour la nature sur l’eau.

 

Pour l’ancien ministre, écologiste, l’eau est l’une des ressources les plus précieuses de notre planète.

 

84 % des Français se disent préoccupés par les questions environnementales, mais la protection de l’eau ne semble pas vécue comme une urgence totale. Comment l’expliquez-vous ?

On manque globalement de sensibilisation sur la question du cycle de l’eau. Ce que l’on appelle « l’empreinte eau », pour définir le volume total d’eau douce utilisé pour produire les biens et services consommés par un individu, un territoire, une entreprise ou une filière, est donc un sujet méconnu. Ceci s’explique notamment par le fait que l’eau est un produit de consommation courante qui arrive directement à nos robinets et dont le parcours n’est pas assez expliqué.

Par ailleurs, l’accès à une eau de qualité n’a été reconnu comme un droit fondamental qu’en 2010 et il n’existe pas d’enceinte internationale qui reconnaisse l’importance du sujet. La problématique de l’eau n’est couverte par aucune convention onusienne et ne bénéficie donc pas du portage politique nécessaire, dont a fait l’objet, à juste titre, le sujet du changement climatique à la COP21.

 

Vous avez été journaliste parlementaire et ministre, aujourd’hui vous dirigez une ONG : quel serait pour vous l’engagement le plus concret permettant d’apporter une réponse aux risques qui pèsent sur l’eau ?

Les secteurs de l’agriculture et de l’industrie composent la majorité de l’empreinte eau mondiale. Aujourd’hui, l’empreinte eau liée à la production de la France, c’est-à-dire l’eau utilisée sur le territoire français pour la production de biens et services, est de 90 milliards de m3 par an. Les cultures agricoles représentent 86 % de cette empreinte eau et, à elles seules, les céréales jouent un rôle prépondérant puisqu’elles représentent 50 % de l’empreinte eau liée à la production de la France.

Les entreprises de ces secteurs peuvent aujourd’hui mieux maîtriser leurs impacts sur la ressource et, pour ce faire, le WWF promeut un outil de mesure des risques associés à l’eau intitulé « Water Risk Filter », qui devrait être beaucoup plus largement utilisé !

 

Existe-t-il un lieu sur la planète où, lors d’un de vos voyages, le rapport de l’homme avec l’eau vous a particulièrement touché ?

Partout où l’eau est rare, son caractère précieux et magique saute aux yeux. Au Sahel, par exemple, voir le fleuve Niger couler au milieu du désert est un moment où il est impossible de ne pas prendre conscience de la nécessité de préserver notre ressource en eau.

 

L’eau accompagne l’histoire de l’homme. Quelle est l’eau (rivière, fleuve, lac, eau emprisonnée sous les glaces…) qui vous parle le plus ?

Je suis très sensible à l’eau figée des glaciers de montagne, car elle nous parle de notre histoire et c’est un témoin évident du réchauffement climatique. Les glaciers des Alpes sont très facilement visibles et on touche du doigt leur fragilité à cause du réchauffement. Le WWF se bat pour obtenir le classement du Mont Blanc à l’Unesco de façon à mieux le protéger.

 

*WWF = World Wide Fund for Nature.

Crédit photo : Benjamin Colombel