Inspirations

« Slow life » : il est urgent de ralentir !

Éloge de la lenteur dans un monde qui va trop vite

Ralentir : le verbe fait depuis peu partie du vocabulaire du citadin exténué par la course qu’il mène contre le temps. Symbole d’un nouvel art de vivre, la lenteur – qui n’a rien à voir avec la paresse – nous parle de temps plaisir, de temps partagé, de temps allié…

Exit le culte de la vitesse, voici venue l’ère des tortues ! Depuis peu l’air du temps est plus à la lenteur qu’à la précipitation. Plus question de courir après le temps, mais de le prendre. Un éloge de la pause, symbole d’une nouvelle façon d’être et de penser. Lancée en 1986 par le journaliste gastronome italien Carlo Petrini, en réaction à l’avènement du fast-food, la slow attitude se conjugue aujourd’hui bien au-delà de nos assiettes. Objet d’un nombre conséquent d’études et de livres, injonction à lever le pied ou mode d’emploi pour y parvenir*, le concept, largement plébiscité par philosophes, sociologues et psychologues, fait autant d’émules parmi les créatifs de mode et les geeks de la Silicon Valley que parmi les adeptes du nouveau management, les rappeurs («la slow n’est pas la no-life», chante Oxmo Puccino), ou le citadin à la limite du burn-out que nous sommes parfois.

Bien davantage qu’un mouvement de mode  se déclinant en une multitude de produits – dernier en date… la montre slow life –, le concept irrigue peu à peu les strates de notre vie quotidienne. Une vingtaine de villes ont intégré le label Slow city et, au bureau, sous le vocable de slow management, les nouveaux décideurs organisent « des bulles de concentration ». Qu’importe le moyen de transport, pourvu qu’il soit lent : à pied, à vélo, à cheval, ou, le must, en cargo, les adeptes du slow tourisme privilégient les rencontres au nombre de musées visités. Tout comme les émules de la slow parentalité qui refusent les emplois du temps de ministres de leurs bambins et prônent les vertus de l’ennui ; ceux de la slow santé pour lesquels plantes et méditation de pleine conscience valent mieux que petites pilules avalées frénétiquement ou encore du slow sex, l’anti-speed dating.

Ralentir le tempo est devenu un acte de résistance contre les diktats du toujours plus, toujours plus vite, et redonner du temps au temps, la règle première d’un nouvel art de vivre à l’écoute des véritables aspirations de l’individu. Il y avait urgence ! Selon l’étude Les Français et la vie moderne, 68 % de nos concitoyens disent en effet souffrir d’une surcharge mentale et du rythme effréné que prend parfois leur existence. Évolution galopante des technologies oblige : depuis un siècle l’homo simplus n’a cessé de passer à la vitesse supérieure. Jusqu’au point de rupture ! La profusion de sollicitations, exigeant de sa part un véritable don d’ubiquité !

D’où ce besoin de retrouver sa pulsion vitale en redécouvrant ce que désirer, contempler, partager, créer, rêver veulent dire. Avec l’étonnement de se rendre compte que parfois la slow life… nous fait gagner du temps ! Reste que calmer le jeu n’est pas si simple : selon les spécialistes en fast désintoxication, il faut en moyenne un mois pour commencer, palier par palier, à décompresser avant de ralentir. Et trouver enfin le rythme qui est le sien.

*« Trop vite ! » de J.-L. Servan-Schreiber ;

« Lenteur mode d’emploi » de Carl Honoré ;
« Vivre plus lentement » de Pascale d’Erm ;

« La Puissance de la modération » de Pierre Rabhi.

Exergue : L’« homo simplus » n’a cessé de passer à la vitesse supérieure.